Samedi 21 juin 2008



Tout n'est pas rose en ce bas monde, et s'il est souvent plus facile de dénoncer plutôt que de proposer, d'écrire que de faire, une fois n'est pas coutûme, il sera l'occasion ici pour moi d'encenser plutôt que de critiquer. L'exercice est plus ardu qu'il n'y paraît...

Dans l'oeil de l'encensoir : le Collège de France. Une institution séculaire qu'il serait après tout facile de critiquer. Mais voilà, c'est un concentré de savoir, un savoir peut-être consensuel, mais un savoir qui se met à la portée des internautes.

Si au début les cours étaient parfois fourni au format PDF, puis de temps à autres au format MP3, c'est carrément la vidéo qui fait son apparition dans les salles de classe de ce collège très spécial. Et tout cela, disponible (et même téléchargeable) directement sur le site du Collège de France. Une gageure !

Mais avant d'aller plus loin, je veux juste quelques mots sur quelques-uns des professeurs de ce collège...
Les cours d'Analyse et de Géométrie (le théorème de Thalès, les équations à une inconnue et tout ça ;) ) sont données par Alain Connes (Médaille Fields 1992 !). Si vous avez quelques notions d'algèbre, jettez un coup d'oeil aux transparents de son premier cours sur la Renormalisation en 2005.
La nouvelle chaire d'Innovation Technologique est détenue par le PDG d'Esterel, Gérard Berry.
Les études juridiques comparatives sont présentées par Mireille Delmas-Marty.
L'histoire contemporaine du monde arabe est enseignée par Henry Laurens.
Michel Tardieu enseigne lui les syncrétismes de la fin de l'Antiquité.
La philosophie des sciences biologiques et médicales est proposée par Anne Fagot-Largeault.
etc...

Que des sommités en somme !

Je recommande à tout le monde de fouiller le site du Collège de France, à la recherche d'un peu de savoir, pourvu d'être un peu curieux de l'immensité de la connaissance, face à la non moins grande ignorance que nous portons (et supportons) quotidiennement.

par Smaragdos publié dans : La Question d'Evariste
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Mercredi 6 février 2008
Même si on retrouve cette expression dans la bible (Le Cantique des Cantiques), où des cous sont comparés à des tours d'ivoire, c'est bien à Sainte-Beuve que nous devons le premier emploi de cette expression au sujet de la retraite d'Alfred de Vigny :
se retirer dans sa tour d'ivoire, pour un artiste, signifie se retirer du monde, s'enfermer dans un cocon, un havre de paix, à des fins d'étude ou de poésie. Cela signifie également parfois se retirer des responsabilités du monde, éviter de s'engager, garder son indépendance.

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Le terme "tour d'ivoire" est évidemment une expression poétique de Sainte-Beuve (vers adressés dans une lettre à Villemain en 1837) :
        "Et Vigny, plus secret, Comme en sa tour d'ivoire, avant midi, rentrait."


Il n'est pas difficile de décomposer l'expression pour en comprendre l'image :
- la tour : il s'agit d'un édifice dans lequel il est facile de s'enfermer. C'est moins noble qu'un donjon, plus petit donc, mais cela permet de garder un oeil sur le monde extérieur avec sa position souvent stratégique et en hauteur (tour de garde ou watchtower). C'est  un édifice à la géométrie souvent  simple et symétrique.
- l'ivoire : cette matière noble d'origine animale (même s'il existe des versions végétales) se travaille comme le bois, se cisèle, se sculpte. Sa rareté lui confère une certaine valeur. Les éléments construits dans cette matière somptueuse gagnent en pureté et en finesse.


La tour d'ivoire serait donc un lieu de retraite de choix, le symbole de la retraite du sage. C'est certainement une image de sagesse : celui qui se retire dans sa tour d'ivoire se coupe du monde, mais garde un regard sur tout ce qui se passe autour de lui ; il y médite, travaille sur son art, pense le monde. Ce n'est pas seulement un ermite ou un stylite : il cherche à rester au sein du monde, tout en s'y excluant en se cachant dans sa tour d'ivoire, afin d'observer et de décrire se qui l'entoure avec le regard le plus objectif possible.


Vaste entreprise !
par Smaragdos publié dans : La Question d'Evariste
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Mercredi 23 janvier 2008

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La Rose des Vents


Il y a quelque chose de remarquable dans la manière dont on nous enseigne des choses évidentes qui ne le sont pourtant pas.

Un simple exemple pourrait être : la fameuse rose des vents. Enseignée très tôt à l'école, la rose des vents est un exemple d'évidence trompeuse. Pourquoi appelle-t-on ainsi la répartition des directions (Nord, Sud, Est, Ouest et subdivisions) ? S'il est probable que la comparaison entre les pétales d'une fleur (a fortiori une rose) et la répartition géométrique des directions explique la première analogie, qu'en est-il pour le terme vent ? Quel est le rapport entre un vent et une direction.

Il faut se replonger quelques siècles en arrière pour comprendre que les directions étaient localement indiquées par les vents : le mistral, l'auster, le sirocco, la tramontane, tous ces vents pointaient dans des directions différentes selon les lieux où on se trouvait.

On suivait le vent, on errait porté par le vent, on flânait au grès du vent, et tout ceci indiquait dans quelle direction nous filions… On suivait donc une direction de la rose des vents.

Ce n'est peut-être pas le meilleur exemple… Penchons-nous maintenant sur l'heure… Combien de fois a-t-on pu entendre ceci : "comment ? Tu ne sais pas encore lire l'heure sur les montres à aiguilles ? ce n'est pourtant pas compliqué !" ?

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Le temps et sa comptabilité


Et comment ? D'accord, il n'est nul besoin d'être un génie pour lire l'heure sur une montre à aiguilles, on nous apprend à la lire, à l'école (pas à la comprendre). Mais il faut reconnaître que cela n'a rien d'évident ! Dans mes souvenirs, je ne me rappelle pas qu'on m'ait expliqué une seule fois pourquoi on avait découpé une journée en 24 heures et pourquoi on avait découpé une heure en 60 minutes, une minute en 60 secondes.

Si aujourd'hui cela paraît évident qu'une heure fait 60 minutes, et qu'une demi-heure fait 30 minutes, combien fait 0.17 heure ? Facile, cela fait 10.2 minutes ! C'est-à-dire 10 minutes et 12 secondes. Evident, n'est-ce pas ? Et ce n'est que de la base 60…

Il semble que l'origine de cette base 60 soit plus ou moins ésotérique : elle prendrait ses origines chez les Babyloniens, dont les calculs astronomiques utilisaient des multiples de 12 et de 5 (c'est bien connu, 3 x 4 x 5 = 60)… Enfin à partir du moment où on a commencé à multiplier un peu les chiffres entre eux, on a trouvé des nombres sympathiques comme 24 ou 60 (c'est bien connu, 2 x 3 x 4 = 24).

Mais vous allez me dire qu'il existe bien une définition de la seconde ! Oui, malheureux, elle a d'ailleurs été plusieurs fois révisée pour être la plus précise possible. Aujourd'hui, on utilise carrément le nombre de radiations d'un isotope du Césium ou quelque chose dans le genre pour déterminer la précision d'une seconde ! Rien de moins naturel…

On n'est pas parti de rien pour autant. La révolution de la Terre, qui se fait en quelque 365,25 jours et des poussières… Le jour, on a vite vu que c'était entre le moment où le soleil se levait et où le soleil se couchait. On a rapidement rajouté la nuit (période entre le moment où le soleil se couche et où le soleil se lève) à la définition de jour (au sens diurne) pour faire le jour (au sens comptable). Ca on comprend. Qu'il faille 365,25 jours et des poussières pour qu'on retrouve le soleil au même point dans le ciel, on comprend aussi. On vient de faire :

1 an = 365,25 jours et des poussières (toujours ces poussières)

Maintenant, comment découper la journée ? Si les religieux ont inventé les "heures" de prières (les fameuses vêpres, mâtines, etc…), on a du mal à comprendre le découpage en 24 (ou plutôt en 12, car on comprend qu'en coupant la poire en deux, on obtienne une jolie division du jour, midi). Il n'y a rien, a priori, dans la nature qui nécessite l'emploi de cette base 12 pour découper la demi-journée en portions égales.

On aurait pu prendre une base 10 (une idée des révolutionnaires français ???) et découper en 10 chaque demi-journée. On aurait dit : il est 9:9 heures, bientôt l'heure du repas. Et le temps ne s'écoulerait pas de la même manière. Car décréter l'utilisation d'une base 12 au lieu d'une autre est totalement arbitraire, artificiel. Soit.

Le temps passe et ceci n'est plus remis en cause. De la même manière que le découpage du calendrier se fait toujours selon des critères religieux dans des sociétés qui veulent faire croire à l'affranchissement de la tutelle de l'Eglise dans les institutions, le temps est soumis à une règle aberrante, mais que personne ne voudra remettre en cause, car c'est historique.


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Pas de révolution pour la mesure du temps...

 

En général, dans nos sociétés, ce qu'on refuse de changer :

  • par habitude, on dit que c'est historique,
  • par peur des conséquences sociales, on dit que c'est politique.

Le temps et le calendrier, on ne change pas, car c'est historique. Ceux qui un jour ont essayé de changer leurs calendriers par exemple (e.g. Russie, Chine, France pendant les différentes révolutions), l'ont fait pour des raisons politiques.

Pourtant, si on changeait un jour la définition du temps, ce serait vraiment historique ! Pourquoi l'a-t-on fait par le passé, et pourquoi croyons-nous ne pas devoir le faire désormais ? Pourquoi a-t-on le sentiment que plus rien n'évoluera dans nos connaissances ?

Autrefois, on enseignait que la Terre était le centre de l'univers. Ce n'est pas complètement absurde, compte tenu des connaissances de l'époque. Aujourd'hui, tout le monde rigolerait. Il n'y a que quelques illuminés américains pour encore le croire, mais si un jour, quelqu'un vous annonce qu'on harmonisera :

  • la mesure des distances (plus de guerre miles vs mètres),
  • la mesure des masses (plus de guerre pounds vs grammes),
  • la mesure des températures (ça existe déjà, d'une certaine manière),
  • la mesure du temps (et simplifiées en plus).

Alors là, on comprendrait un peu pourquoi harmoniser les distances (mais de là à créer une nouvelle mesure !! il n'y a qu'en économie qu'on se permet de créer une nouvelle monnaie, l'euro, pour brouiller les pistes…) ou les masses, on admettrait qu'il faut bien utiliser les Kelvin, mais ce n'est pas pratique quand même pour indiquer nos variations de températures quotidiennes,  mais le temps ! C'est déjà harmonisé ! Oui, mais pas simplifié.

Alors, celui qui n'arrive pas à lire l'heure sur une horloge à aiguilles, n'aurait qu'à répondre à son interlocuteur, en lui tendant un silex, "tu n'as qu'à faire du feu, ce n'est pas compliqué". C'est vrai, quand on possède la technique…
Smaragdos_Fire-copie-2.jpg
Encore quelque chose que nous avons oublié de retenir.

par Smaragdos publié dans : La Question d'Evariste
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Dimanche 24 décembre 2006

A la disparition d'un auteur, que deviennent ses notes de travail ? Qu'advient-il de tous les textes non publiés, de tous les travaux de recherche qui constituent la base de ses oeuvres ? Il est facile d'imaginer que tout peut disparaître avec lui...

Pourtant, certains luttent contre la disparition des manuscrits, des dossiers de travail, et autres archives personnelles constituées tout au long d'une carrière. L'IMEC, l'Institut Mémoires de l'Edition Contemporaine, récupère, dépoussière, numérise et conserve les travaux de quantités d'auteurs, afin de les rendre consultables pour les générations futures. Ainsi, les médiévistes apprécieront les notes de Georges Duby ; les philosophes se précipiteront sur la correspondance de Jacques Derrida, les carnets de Louis Althusser, les notes de Michel Foucault ou de Roland Barthes ; les littéraires retrouveront avec plaisir les manuscrits de Romain Gary, Louis-Ferdinand Céline, Jean Paulhan, les lettres de Samuel Beckett, d'Erik Satie ou de Raymond Radiguet, ou encore les dossiers sur Primo Levy de Myriam Anissimov.

Myriam Anissimov, qui préface l'ouvrage Suite Française d'Irène Némirovsky. Encore un ouvrage sauvé de l'oubli. Irène Némirovsky écrivit ce livre sur l'exode de juin 1940 pendant les événements, mais ne put éviter la rafle des gendarmes français le 13 juillet 1942. Déportée à Auschwitz, elle fut assassinée le 17 août 1942. Son mari Michel Epstein fut également déporté et assassiné le 6 novembre 1942. Le manuscrit d'Irène Némirovsky fut confié à ses deux filles, Elisabeth et Denise, qui se réfugièrent dans des caves de la région bordelaise pour fuir les gendarmes lancés à leur poursuite. Après la guerre, Denise confia le manuscrit à l'IMEC et fut publié en 2004.

Quand on connaît la difficulté de conserver dans un état décent les manuscrits sur papier, la numérisation s'avère capitale pour garder une trace lisible des oeuvres humaines. La qualité du papier semble s'être dégradée au fil des siècles. N'est-il pas surprenant de voir dans les musées ou même les salles des ventes, de nombreux livres datant du XIXème et du XVIIIème parfaitement conservés ? N'avez-vous jamais constaté que la plupart des livres de poche que nous achetons aujourd'hui jaunissent au bout de seulement quelques années ? Il en est de même pour les cahiers. Le papier utilisé par Irène Némirovsky pendant la guerre était de si piètre qualité que le document n'aurait pu être conservé bien longtemps sans un traitement approprié. Et son contenu a été sauvé au terme d'un long travail de transcription (l'écriture était minuscule pour économiser l'encre et le papier) de sa fille Denise. Le tout a été numérisé peut être consulter, éditer, diffuser à loisir.

Qu'est-ce qui intéresse le lecteur ? Le contenu ? Le contenant ? Les deux ? Chacun peut se faire sa propre opinion, mais à l'heure du numérique, nous disposons au moins du contenu. Ce n'est pas si mal. Et avec le travail des archivistes modernes, nous allons bientôt crouler sous les masses de contenus, d'informations disponibles sur les auteurs. Aujourd'hui, savoir distinguer ce qui est intéressant de ce qui ne l'est pas, ce qui est utile de ce qui ne l'est pas, est devenu une qualité indispensable pour celui qui veut fouiller dans la mémoire de notre société.

par Smaragdos publié dans : La Question d'Evariste
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Dimanche 24 septembre 2006

Tout a commencé lorsque je suis tombé sur les mind-maps ou cartes heuristiques. Ce concept, car il s'agit pour moi plus d'un concept que d'une invention, résulte pour moi d'un adage bien connu : un petit dessin (ou schéma) vaut mieux qu'un long discours.
A première vue, c'est stupidement évident : à la place de longs résumés, il vaut mieux dessiner une sorte de diagramme en forme de pieuvre, avec au centre l'idée principale ou le thème, et autour les catégories / dérivés / sous-idées. Il faut voir les exemples de certaines cartes bien faites pour se faire idée de la chose. Pourtant, dans le monde du travail et pour les business man plus particulièrement, il est bon de rappeler ce qui est évident pour le commun des mortels, car l'environnement est souvent propice à la complexité et il est assez facile de s'emmêler les pinceaux. A force de lire les conseils avisés délivrés aux managers ou pseudo-managers dont les livres raffoles, je constate une chose : la simplicité est mère d'efficacité. Pour se démarquer dans le monde du travail, tous les conseils convergent vers une simplicité de l'acte. S'il y a d'ailleurs des exemples flagrants du contraire, je suis preneur.

Les cartes heuristiques font partie de cette simplicité inhérente au monde du travail. C'est d'ailleurs cet univers qui leur réserve la meilleure audience, bien que le monde universitaire ne soit pas en reste (plus largement aux USA, mais pas seulement, l'Europe s'y met aussi). J'ai moi-même utilisé les cartes heuristiques au cours de réunions et j'y trouve un intérêt formidable : elles me servent d'aide-mémoire. Je dois probablement être une personne visuelle car je m'y retrouve instantanément. Il suffit que je cherche une information et, si ma carte est bien faite, je la retrouve presqu'aussitôt. Un aide-mémoire donc. Mais un aide-mémoire synthétique, qui permet d'avoir les idées claires. En faisant les liens entre les idées, d'un simple trait entre deux mots disposés de part et d'autre du centre de la feuille, je garde à l'esprit l'essentiel, sur mes feuilles de brouillon ou mon cahier de notes.

Je ne connais personne dans mon entourage qui utilise le mind-mapping. J'ai rencontré une fois un formateur, qui, en jetant un coup d'oeil aux notes que j'avais prises sur mon cahier, lança un bref "tiens, du mind-mapping" sans que je n'arrive à déchiffrer s'il méprisait ou s'il constatait juste le fait. Malheureusement, il n'y a pas encore de concept pour lire dans l'esprit des gens. Quoique...
Cependant, si l'idée peut sembler risible (faire un dessin fait tout de suite moins sérieux que prendre des notes linéairements) de prime abord, c'est à mon avis un outils très puissant dans le monde pédagogique et plus particulièrement, dans l'art de la mémoire.

Ce même art de la mémoire qui constitue le titre de ce blog. J'ai toujours constaté qu'une bonne mémoire pouvant rendre de grands services. Sans être talentueux dans aucun domaine, quiconque cultive sa mémoire et son esprit de synthèse, aura gagner quelque chose de plus à vivre en société. Cela peut sûrement changer des vies. Dans cette quête d'une bonne mémoire, les cartes heuristiques sont apparues comme de bons supports. Mais c'est la lecture de la thèse de Frances A. Yates, The Art of Memory qui m'a profondément marquée. De l'histoire incroyable de Simonide de Céos à la condamnation délirante de Giordano Bruno, tout le livre dont j'ai lu la traduction française de l'excellent Daniel Arasse, est marqué du sceau de la mémoire. Les exemples foisonnent et montrent parfois les limites et les possibilités insoupçonnées de la mémoire humaine.
Voir l'article intéressant sur l'excellent site de Jean-Michel Maulpoix.
La qualité de la mémoire des antiques rendrait toutes les cartes heuristiques du monde obsolètes.

par Smaragdos publié dans : La Question d'Evariste
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Lundi 18 septembre 2006

Les faussaires sont-ils des artistes ? La question se pose avec le faussaire Han Van Meegeren, peintre et restaurateur. Brisé par les critiques d'art, il se vengea en créant de toute pièce des peintures originales signées Johannes Vermeer. La qualité de ses oeuvres a été telles qu'il a trompé tous les spécialistes de l'art dans les années 1940. Il achetait à bas prix des toiles du XVIIème siècle pour obtenir un cadre, une toile et des clous d'époque, grattait la peinture, passait successivement toutes les sous-couches de peintures nécessaires à la réalisation de son oeuvre. Il connaissait si bien l'art du peintre hollandais qu'il inventa littéralement des scènes de la période religieuse de Vermeer, dont il n'existait aucune oeuvre connue. Spécialiste dans les jeux d'ombre et de la lumière, le peinture aura été fier de son épigone (en témoigne ces Disciples à Emmaüs). Van Meegeren poussait le vice jusqu'à faire vieillir la peinture dans un four spécial et enduire les craquelures d'encre de chine pour simuler la crasse accumulée pendant de longues années.

Pourtant, si Van Meegeren n'avait pas été un faussaire de génie, il n'aurait probablement jamais été considéré comme un grand peintre. Peut-être tout au plus un bon peintre ou un bon restaurateur. Cet homme aura tout de même inventé la période religieuse de Vermeer et il s'est mis à la place de Vermeer pour peindre ce qu'aurait peint l'artiste. Han Van Meegeren a été Johannes Vermeer l'espace de quelques toiles...

A lire : La Double Vie de Vermeer de Luigi Ganieri (Actes Sud).

 

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