
Qu’est-ce qu’une découverte ?
Qui a vraiment l’antériorité d’une découverte ? Une découverte doit-elle être pensée pour être considérée comme telle ? Plus précisément, une découverte
doit-elle toucher la conscience commune pour exister ?
La question n’est pas anodine, tant dans l’histoire, nous avons vu des exemples de paternité contestée de découverte, à des degrés différents, les travaux des uns
ayant souvent servi de source d’inspiration aux découvertes des autres, exemples :
Il est également souvent question de rivalité entre Etats derrière ces controverses.
L’attribution des prix Nobel par exemple, est un exemple singulier de découvertes partagées : l’académie
Royale de Suède s’efforce de donner ses prix aux équipes qui ont découverts certains phénomènes physiques, par exemple, sans préciser l’antériorité des uns par rapport aux autres, car bien
souvent, ces équipes indépendantes travaillent indépendamment avec les mêmes bases (documentaires, de connaissances, matériels) et effectuent leurs découvertes quasi-simultanément. Histoire de ne
léser personne, le prix Nobel de Physique 2007, pour la découverte de la magnétorésistance
géante, a été attribuée aux équipes d’Albert Fert (FR) et de Peter Grünberg
(ALL).
Là encore, qui fait quoi dans les équipes de scientifiques, nous n’en saurons rien. Mais il est possible (probable même !) d’imaginer que les honneurs
reviennent au directeur de recherche, alors que peut-être, l’un de ses assistants brillants est directement à l’origine d’une découverte. Mais son nom ne peut-être cité…
S’assurer la paternité d’une découverte peut conduire à l’utilisation de codes secrets. Ce fut le cas de Galilée, qui transmit à Kepler l’anagramme suivant :
s.m.a.i.s.m.r.m.i.l.m.e.p.o.e.t.a.l.e.u.m.i.b.u.n.e.n.u.g.t.t.a.u.i.r.a.s
Cette anagramme mystérieuse était supposée annoncer la découverte des satellites de Saturne sans pour autant dévoiler clairement la découverte, en attendant la
publication de l’ouvrage qui permettrait au découvreur d’accoler son nom avec sa découverte.
Depuis, l’invention des journaux scientifiques a permis de contourner ce
problème.
La découverte du continent Américain : Bjarni ou Eiriksson ?
Le continent américain a été découvert par les Vikings (les Normands) dans les années 1000.
Ils ont installé une colonie dans le Vinland, nom donnée à la région à l’ouest du Groenland (aux environs de Terre-Neuve), en raison des vignes qui y poussaient.
Cette découverte n’est pas forcément le fruit du hasard, puisque, si Bjarni Herjolfsson, un commerçant égaré lors d’une tempête s’est approché des côtes américaines, se rendant bien compte qu’il
n’était pas arrivé à destination (le Groenland), il relate ensuite son récit à Leif Ericsson, qui intrigué par ces
terres fertiles, s’y rend et y installe une colonie.
Il existe un point délicat, une carte du Vinland controversée, dont la datation au carbone a déterminé une date
de 1434, soit quelques années avant que Christophe Colomb ne parte pour la route des Indes. Si cette carte s’avère bien antérieure à 1492, il faudra bien reconnaître que Christophe Colomb n’a pas
découvert le continent américain.
Mais qui est prêt à réécrire cette histoire-là ? Aux Etats-Unis en particulier, pas grand monde…
Cependant, officiellement (en 1964, président Johnson, approuvé par le Congrès Unanime), le 9 octobre est le « Jour de Leif Ericson » en commémoration de la première arrivée d’un Européen sur le sol d’Amérique du Nord. Il a bien
fallu calmer cette controverse et un petit peu officialiser cette relative découverte, sans pour autant réécrire l’Histoire ; cela ne se fait pas d’admettre ses erreurs, surtout pour des
« scientifiques ».