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Si au début, je consignais sur ces pages tout ce qui se rapportait au travail de la mémoire, de la conservation des oeuvres aux mécanismes du souvenir, ou du moins tel était le fil conducteur de ce blog, il se transforme petit à petit, peut-être prend forme au fil de mes lectures, de mes rencontres. Il y a de tout, c'est probablement un fourre-tout, mais chacun y trouvera matière à réflexion sur le monde qui nous entoure, avec, toujours en regard le passé et ce monde que nous ne connaîtrons plus.

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Jeudi 24 août 2006

Que dire lorsqu'il s'agit d'un musée qui détruit malencontreusement les oeuvres qu'il expose ?

Juillet 2006. L'exemple qui est arrivé au musée Georges Pompidou à Paris n'est probablement pas un cas isolé, mais il a marqué les esprits - notamment des américains, puisque ce ne sont pas moins de deux oeuvres d'artistes américains, qui avaient été prêtées au musée le temps de l'exposition "Los Angeles 1955-1985, naissance d'une capitale artistique", qui ont été détruites !

Le LACMA (Los Angeles Country Museum of Art) doit regretter le prêt de l'oeuvre en laque acrylique sur plexiglas  Untitled Wall Relief (1969) de Craig Kauffman : elle est tout simplement tombé du mur où elle était accrochée, et elle s'est brisée, la veille de la clotûre de l'exposition ! Quand on pense que cette oeuvre avait résisté à quelques tremblements de terre...

Même constat pour la galerie Franklin Parrasch de New York dont la colonne en résine noire Untitled (1971) de Peter Alexander s'est décrochée et cassée la veille du vernissage de l'exposition (il ne restera à la gallerie plus que ce superbe Cobalt Wedge !).

Une troisième oeuvre, une peinture de Robert Irwin prêté par la fondation Eli Broad, avait déjà été endommagée puis réparée en mars.

Un critique américain se demande même si un grand musée a déjà commis autant d'impairs pour une seule et même exposition... D'autre part, la LACMA demande le remboursement à valeur marchande de l'oeuvre de Kauffman (70 000 $) et cherche à déterminer les responsabilités avec le musée français. L'oeuvre d'Alexander est elle estimée à 28 000 $.

De son côté, la conservatrice du musée Georges Pompidou rejette toute responsabilité de son établissement. Pour elle, il s'agit d'une coïncidence : les deux oeuvres, faites dans un matériau similaire et à la même époque, était trop fragiles...

par Smaragdos publié dans : Oeuvres détruites
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Jeudi 24 août 2006

En Juin 1924, Franz Kafka, sur son testament, demanda à son ami Max Brod de brûler l'ensemble de ses oeuvres. Ce dernier refusa d'accomplir la dernière volonté de l'écrivain, et au contraire, s'acharna à rassembler ses écrits et à les publier.

Il faut penser que Kafka ne croyait en son propre génie, lui qui ne voyait l'écriture que comme une distraction. Il trouvait probablement ses oeuvres, pour la plupart inachevées, insuffisantes.

Max Brod avait-il le droit de trahir la demande testamentaire de son ami, pour le bien des générations de lecteurs qui s'en suivirent ?

Il est impossible de juger de ce que serait le monde littéraire (et le monde ?) sans cette trahison...

par Smaragdos publié dans : Oeuvres détruites
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Jeudi 24 août 2006

Connaissez-vous le philosophe russe Bakhtine ? Historien russe, il fût pris dans le siège de Stalingrad pendant la IIème Guerre Mondiale. Comme il lui restait un stock de tabac mais qu'il n'avait pas de papier à rouler, il décida d'arracher une page du manuscrit qu'il portait avec lui. Puis une autre. Et encore une autre. Jusqu'à ce que le manuscrit soit entièrement fumé. C'était l'unique exemplaire de ce manuscrit.

Cette anecdote est rapportée par l'auteur lui-même, reprise par Paul Auster dans la Trilogie New Yorkaise et dans le film Smoke. Quel réel crédit peut-on apporter à ce récit ? Même si certaines personnes s'y penchent (Philip Alexander Dangler), le fait est remarquable.

Qu'auriez-vous fait à sa place ? Le siège de Stalingrad fut terrible et Bakhtine ne savait peut-être pas s'il allait en sortir vivant. Qu'importait alors un manuscrit qui avait peu de chances d'être publié ou qui tomberait rapidement dans l'anonymat... Un travail de 10 ans prétend-on...

par Smaragdos publié dans : Oeuvres détruites
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Jeudi 24 août 2006
                                       
Escrimer dans l’océan la douleur ancestrale, penser le flux silencieux de terreur scripturale, tancer les couleurs des messages, les erreurs, lestant la sagesse des arènes aquatiques. Besoin d’une bulle d’oxygène. Plonger d’une faille vers les grands fonds, aspirer aux lueurs abyssales comme à la lueur d’une ampoule prénatale, endurer les phosphores imprécis, les porphyres résistants, et de toute cette faune, la résilience fébrile des nuits fascinantes. Besoin d’une bulle d’oxygène. Et de couler dans le sang qui s’enroule dans mes yeux perlés, le sang qui s’enroule comme une saignée de séraphin, et de couler sans cesser, le sang qui s’enroule, comme une sangsue de silence, sans couleur, sans sagesse. Et l’usure du sel sur mes bras élancés, le sel qui s’insurge des tristes salaisons. Et le soleil qui s’insurge, qui me somme de saisir sa chance, qui m’assigne au sommeil, fuir mon refuge. Besoin d’une bulle d’oxygène. Regagner le rivage, victoire d’une stèle de sable, les ombres dévisagent les cieux pastel. Insatiables découvertes de poumons incestueux, manque d’azote, suffisance de plomb ; pénurie des airs distillés dans le faste des souffleries, fatuité organique mêlés des sombres désinences ; variations imbuvables, suffocantes intensions. Besoin d’une bulle d’oxygène. Le lit des rivières aériennes porte son lot de suffixes, inflexions inexpliquées, qui s’épanchent en hélices de soie. Et virevoltent les flèches océanes, dans le tourbillon des chants de sirènes, le bruit s’efface dans le sourd silence, le bruit s’efface, comme l’air s’étire. Briser les plafonds d’averse, pour ne pas se noyer d’extase, et avaler les alluvions des siècles, en extraire le limon synthétique, afin que chacun s’y retrouve, s’y retrouve dans le monde fertile. Besoin d’une bulle d’oxygène. Et d’abîmer la roche comme d’un calice fatidique, de chercher sous le tamis le ravissement lymphatique, de briller l’étroite indolence d’un délice tragique, les rostres plus purs qu’une nuisance d’instincts s’envolent loin des corps, loin des corps incertains. Contre les coraux et les rocailles, les coques riches prétendent respirer de longues années, et gobent les liches en saccades et soubresauts de paille. Besoin d’une bulle d’oxygène. Si l’élixir porté à sa bouche, si l’exquise virulence donnant gaietés et ivresses, livrant le songe à l’envi, et si les xérophytes se fanent sans souvenir, la délivrance viendra d’un baiser de saphir.
par Smaragdos publié dans : Souffle Poétique
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