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Si au début, je consignais sur ces pages tout ce qui se rapportait au travail de la mémoire, de la conservation des oeuvres aux mécanismes du souvenir, ou du moins tel était le fil conducteur de ce blog, il se transforme petit à petit, peut-être prend forme au fil de mes lectures, de mes rencontres. Il y a de tout, c'est probablement un fourre-tout, mais chacun y trouvera matière à réflexion sur le monde qui nous entoure, avec, toujours en regard le passé et ce monde que nous ne connaîtrons plus.

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Dimanche 24 décembre 2006

A la disparition d'un auteur, que deviennent ses notes de travail ? Qu'advient-il de tous les textes non publiés, de tous les travaux de recherche qui constituent la base de ses oeuvres ? Il est facile d'imaginer que tout peut disparaître avec lui...

Pourtant, certains luttent contre la disparition des manuscrits, des dossiers de travail, et autres archives personnelles constituées tout au long d'une carrière. L'IMEC, l'Institut Mémoires de l'Edition Contemporaine, récupère, dépoussière, numérise et conserve les travaux de quantités d'auteurs, afin de les rendre consultables pour les générations futures. Ainsi, les médiévistes apprécieront les notes de Georges Duby ; les philosophes se précipiteront sur la correspondance de Jacques Derrida, les carnets de Louis Althusser, les notes de Michel Foucault ou de Roland Barthes ; les littéraires retrouveront avec plaisir les manuscrits de Romain Gary, Louis-Ferdinand Céline, Jean Paulhan, les lettres de Samuel Beckett, d'Erik Satie ou de Raymond Radiguet, ou encore les dossiers sur Primo Levy de Myriam Anissimov.

Myriam Anissimov, qui préface l'ouvrage Suite Française d'Irène Némirovsky. Encore un ouvrage sauvé de l'oubli. Irène Némirovsky écrivit ce livre sur l'exode de juin 1940 pendant les événements, mais ne put éviter la rafle des gendarmes français le 13 juillet 1942. Déportée à Auschwitz, elle fut assassinée le 17 août 1942. Son mari Michel Epstein fut également déporté et assassiné le 6 novembre 1942. Le manuscrit d'Irène Némirovsky fut confié à ses deux filles, Elisabeth et Denise, qui se réfugièrent dans des caves de la région bordelaise pour fuir les gendarmes lancés à leur poursuite. Après la guerre, Denise confia le manuscrit à l'IMEC et fut publié en 2004.

Quand on connaît la difficulté de conserver dans un état décent les manuscrits sur papier, la numérisation s'avère capitale pour garder une trace lisible des oeuvres humaines. La qualité du papier semble s'être dégradée au fil des siècles. N'est-il pas surprenant de voir dans les musées ou même les salles des ventes, de nombreux livres datant du XIXème et du XVIIIème parfaitement conservés ? N'avez-vous jamais constaté que la plupart des livres de poche que nous achetons aujourd'hui jaunissent au bout de seulement quelques années ? Il en est de même pour les cahiers. Le papier utilisé par Irène Némirovsky pendant la guerre était de si piètre qualité que le document n'aurait pu être conservé bien longtemps sans un traitement approprié. Et son contenu a été sauvé au terme d'un long travail de transcription (l'écriture était minuscule pour économiser l'encre et le papier) de sa fille Denise. Le tout a été numérisé peut être consulter, éditer, diffuser à loisir.

Qu'est-ce qui intéresse le lecteur ? Le contenu ? Le contenant ? Les deux ? Chacun peut se faire sa propre opinion, mais à l'heure du numérique, nous disposons au moins du contenu. Ce n'est pas si mal. Et avec le travail des archivistes modernes, nous allons bientôt crouler sous les masses de contenus, d'informations disponibles sur les auteurs. Aujourd'hui, savoir distinguer ce qui est intéressant de ce qui ne l'est pas, ce qui est utile de ce qui ne l'est pas, est devenu une qualité indispensable pour celui qui veut fouiller dans la mémoire de notre société.

par Smaragdos publié dans : La Question d'Evariste
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Vendredi 13 octobre 2006

par Smaragdos publié dans : Images, citations d'un jour
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Dimanche 24 septembre 2006

Tout a commencé lorsque je suis tombé sur les mind-maps ou cartes heuristiques. Ce concept, car il s'agit pour moi plus d'un concept que d'une invention, résulte pour moi d'un adage bien connu : un petit dessin (ou schéma) vaut mieux qu'un long discours.
A première vue, c'est stupidement évident : à la place de longs résumés, il vaut mieux dessiner une sorte de diagramme en forme de pieuvre, avec au centre l'idée principale ou le thème, et autour les catégories / dérivés / sous-idées. Il faut voir les exemples de certaines cartes bien faites pour se faire idée de la chose. Pourtant, dans le monde du travail et pour les business man plus particulièrement, il est bon de rappeler ce qui est évident pour le commun des mortels, car l'environnement est souvent propice à la complexité et il est assez facile de s'emmêler les pinceaux. A force de lire les conseils avisés délivrés aux managers ou pseudo-managers dont les livres raffoles, je constate une chose : la simplicité est mère d'efficacité. Pour se démarquer dans le monde du travail, tous les conseils convergent vers une simplicité de l'acte. S'il y a d'ailleurs des exemples flagrants du contraire, je suis preneur.

Les cartes heuristiques font partie de cette simplicité inhérente au monde du travail. C'est d'ailleurs cet univers qui leur réserve la meilleure audience, bien que le monde universitaire ne soit pas en reste (plus largement aux USA, mais pas seulement, l'Europe s'y met aussi). J'ai moi-même utilisé les cartes heuristiques au cours de réunions et j'y trouve un intérêt formidable : elles me servent d'aide-mémoire. Je dois probablement être une personne visuelle car je m'y retrouve instantanément. Il suffit que je cherche une information et, si ma carte est bien faite, je la retrouve presqu'aussitôt. Un aide-mémoire donc. Mais un aide-mémoire synthétique, qui permet d'avoir les idées claires. En faisant les liens entre les idées, d'un simple trait entre deux mots disposés de part et d'autre du centre de la feuille, je garde à l'esprit l'essentiel, sur mes feuilles de brouillon ou mon cahier de notes.

Je ne connais personne dans mon entourage qui utilise le mind-mapping. J'ai rencontré une fois un formateur, qui, en jetant un coup d'oeil aux notes que j'avais prises sur mon cahier, lança un bref "tiens, du mind-mapping" sans que je n'arrive à déchiffrer s'il méprisait ou s'il constatait juste le fait. Malheureusement, il n'y a pas encore de concept pour lire dans l'esprit des gens. Quoique...
Cependant, si l'idée peut sembler risible (faire un dessin fait tout de suite moins sérieux que prendre des notes linéairements) de prime abord, c'est à mon avis un outils très puissant dans le monde pédagogique et plus particulièrement, dans l'art de la mémoire.

Ce même art de la mémoire qui constitue le titre de ce blog. J'ai toujours constaté qu'une bonne mémoire pouvant rendre de grands services. Sans être talentueux dans aucun domaine, quiconque cultive sa mémoire et son esprit de synthèse, aura gagner quelque chose de plus à vivre en société. Cela peut sûrement changer des vies. Dans cette quête d'une bonne mémoire, les cartes heuristiques sont apparues comme de bons supports. Mais c'est la lecture de la thèse de Frances A. Yates, The Art of Memory qui m'a profondément marquée. De l'histoire incroyable de Simonide de Céos à la condamnation délirante de Giordano Bruno, tout le livre dont j'ai lu la traduction française de l'excellent Daniel Arasse, est marqué du sceau de la mémoire. Les exemples foisonnent et montrent parfois les limites et les possibilités insoupçonnées de la mémoire humaine.
Voir l'article intéressant sur l'excellent site de Jean-Michel Maulpoix.
La qualité de la mémoire des antiques rendrait toutes les cartes heuristiques du monde obsolètes.

par Smaragdos publié dans : La Question d'Evariste
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Lundi 18 septembre 2006

Les faussaires sont-ils des artistes ? La question se pose avec le faussaire Han Van Meegeren, peintre et restaurateur. Brisé par les critiques d'art, il se vengea en créant de toute pièce des peintures originales signées Johannes Vermeer. La qualité de ses oeuvres a été telles qu'il a trompé tous les spécialistes de l'art dans les années 1940. Il achetait à bas prix des toiles du XVIIème siècle pour obtenir un cadre, une toile et des clous d'époque, grattait la peinture, passait successivement toutes les sous-couches de peintures nécessaires à la réalisation de son oeuvre. Il connaissait si bien l'art du peintre hollandais qu'il inventa littéralement des scènes de la période religieuse de Vermeer, dont il n'existait aucune oeuvre connue. Spécialiste dans les jeux d'ombre et de la lumière, le peinture aura été fier de son épigone (en témoigne ces Disciples à Emmaüs). Van Meegeren poussait le vice jusqu'à faire vieillir la peinture dans un four spécial et enduire les craquelures d'encre de chine pour simuler la crasse accumulée pendant de longues années.

Pourtant, si Van Meegeren n'avait pas été un faussaire de génie, il n'aurait probablement jamais été considéré comme un grand peintre. Peut-être tout au plus un bon peintre ou un bon restaurateur. Cet homme aura tout de même inventé la période religieuse de Vermeer et il s'est mis à la place de Vermeer pour peindre ce qu'aurait peint l'artiste. Han Van Meegeren a été Johannes Vermeer l'espace de quelques toiles...

A lire : La Double Vie de Vermeer de Luigi Ganieri (Actes Sud).

 

par Smaragdos publié dans : La Question d'Evariste
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Samedi 2 septembre 2006

Brûler ses propres toiles. C'est ce qu'à fait le peintre florentin Sandro Botticelli sous le gouvernement de Jérôme Savonarole (1494 - 1498) sur l'un des fameux bûchers des vanités. L'artiste partage, comme la plupart des florentins à cette époque, les convictions du moine qui prêche l'ascèse et la pénitence, prône un retour aux choses simples (plus de vêtements fastes et de perruques, plus de musique, condamnation des tableaux et des livres non religieux), et redistribue l'argent des riches aux pauvres.

Le peintre de la Naissance de Vénus aura ainsi détruit plusieurs oeuvres représentant des nus et ne peindra dès lors plus jamais de toiles de ce type.

Notons que la coïncidence dans les dates : 10 mai 1497, Savonarole organise le bûcher des vanités. 10 mai 1933, les nazis brûlent à Berlin les livres de Thomas Mann ou Karl Marx.

par Smaragdos publié dans : Oeuvres détruites
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