A la disparition d'un auteur, que deviennent ses notes de travail ? Qu'advient-il de tous les textes non publiés, de tous les travaux de recherche qui constituent la base de ses oeuvres ? Il est facile d'imaginer que tout peut disparaître avec lui...
Pourtant, certains luttent contre la disparition des manuscrits, des dossiers de travail, et autres archives personnelles constituées tout au long d'une carrière. L'IMEC, l'Institut Mémoires de l'Edition Contemporaine, récupère, dépoussière, numérise et conserve les travaux de quantités d'auteurs, afin de les rendre consultables pour les générations futures. Ainsi, les médiévistes apprécieront les notes de Georges Duby ; les philosophes se précipiteront sur la correspondance de Jacques Derrida, les carnets de Louis Althusser, les notes de Michel Foucault ou de Roland Barthes ; les littéraires retrouveront avec plaisir les manuscrits de Romain Gary, Louis-Ferdinand Céline, Jean Paulhan, les lettres de Samuel Beckett, d'Erik Satie ou de Raymond Radiguet, ou encore les dossiers sur Primo Levy de Myriam Anissimov.
Myriam Anissimov, qui préface l'ouvrage Suite Française d'Irène Némirovsky. Encore un ouvrage sauvé de l'oubli. Irène Némirovsky écrivit ce livre sur l'exode de juin 1940 pendant les événements, mais ne put éviter la rafle des gendarmes français le 13 juillet 1942. Déportée à Auschwitz, elle fut assassinée le 17 août 1942. Son mari Michel Epstein fut également déporté et assassiné le 6 novembre 1942. Le manuscrit d'Irène Némirovsky fut confié à ses deux filles, Elisabeth et Denise, qui se réfugièrent dans des caves de la région bordelaise pour fuir les gendarmes lancés à leur poursuite. Après la guerre, Denise confia le manuscrit à l'IMEC et fut publié en 2004.
Quand on connaît la difficulté de conserver dans un état décent les manuscrits sur papier, la numérisation s'avère capitale pour garder une trace lisible des oeuvres humaines. La qualité du papier semble s'être dégradée au fil des siècles. N'est-il pas surprenant de voir dans les musées ou même les salles des ventes, de nombreux livres datant du XIXème et du XVIIIème parfaitement conservés ? N'avez-vous jamais constaté que la plupart des livres de poche que nous achetons aujourd'hui jaunissent au bout de seulement quelques années ? Il en est de même pour les cahiers. Le papier utilisé par Irène Némirovsky pendant la guerre était de si piètre qualité que le document n'aurait pu être conservé bien longtemps sans un traitement approprié. Et son contenu a été sauvé au terme d'un long travail de transcription (l'écriture était minuscule pour économiser l'encre et le papier) de sa fille Denise. Le tout a été numérisé peut être consulter, éditer, diffuser à loisir.
Qu'est-ce qui intéresse le lecteur ? Le contenu ? Le contenant ? Les deux ? Chacun peut se faire sa propre opinion, mais à l'heure du numérique, nous disposons au moins du contenu. Ce n'est pas si mal. Et avec le travail des archivistes modernes, nous allons bientôt crouler sous les masses de contenus, d'informations disponibles sur les auteurs. Aujourd'hui, savoir distinguer ce qui est intéressant de ce qui ne l'est pas, ce qui est utile de ce qui ne l'est pas, est devenu une qualité indispensable pour celui qui veut fouiller dans la mémoire de notre société.
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