Les pays en voie de développement

Rappelons-nous, il ne faut plus parler de pays sous-développés. Cela fait déjà quelques temps que cette expression, évidemment dévalorisante pour les pays concernés, n'est plus employée. On parle
aujourd'hui de pays en voie de développement. Une autre invention des pays développés – référence ici à l'économie du pays.
Un pays en voie de développement – ce n'est rien de moins qu'un pays sous-développé par rapport à un pays développé –, c'est un pays qui est amené à rattraper le peloton des pays développés. Ce
qui veut dire qu'un jour, un pays en voie de développement ne sera plus en voie de développement et aura atteint son statut de pays développé. Mais tous les pays deviendront-ils développés
?
Si non, c'est qu'ils sont en voie de développement mais que cette voie ne sera pas aisée à emprunter (obstacles en vue, par exemple : tutelle du FMI, guerre, surexploitation des richesses naturelles ou des ressources humaines avec l'immigration choisie des pays développés).
Si oui, alors il faudra trouver un autre classement, pour distinguer les pays développés des pays sur-développés (pourquoi pas après tout ?).
Les lièvres et les tortues
Gardons à l'esprit l'image du lièvre et de la tortue : « rien ne sert de courir, il vaut mieux partir à point » disait la fable. On peut toujours faire courir certains pays sur
les rails de l'économie, ils ne partent pas avec les mêmes chances initiales de réussir. Avant de se mettre sur la voie du développement, il faut déjà stabiliser sa situation sociale. Il est
beaucoup plus difficile (des exemples ?) de développer son économie lorsque rôdent les guerres civiles, les corruptions, les rivalités territoriales…
Le lièvre peut bien faire la sieste, la tortue est désorientée. Et lorsque c'est le lièvre qui lui indique la direction, la tortue devrait se méfier. Elle le fait souvent d'ailleurs. Combien de
pays sont-ils sous tutelles du Fond Monétaire International ? Quels sont les résultats probants de ce FMI ? Des noms de pays ?
Pour que la tortue rattrape son retard, il faut qu'elle grignote du terrain sur le lièvre. Mais quelle est la mesure en économie ? La croissance ! Voilà pourquoi tout le monde évoque cette
fameuse croissance qui n'est pas au rendez-vous dans nos pays développés. Le lièvre traîne la patte.
Le paradoxe de la croissance et de l'aide au développement
Est-ce que le développement d'un pays se mesure uniquement à sa croissance ? Y a-t-il un seuil de croissance sous lequel les pays sont en perte de vitesse ? Car les pays déjà développés sont
peut-être en perte de croissance. Et si on classait les pays développés par points de croissances acquis (tiens, c'est peut-être déjà le cas), n'apercevrait-on pas des pays qui vont se faire
rattraper, voire dépasser par ces pays en voie de développement.
Chacun regarde dans le rétroviseur et a peur de se faire doubler.
Quel est l'intérêt de cette course vers la plus forte croissance ? Tout le monde peut-il avoir une forte croissance ?
On a toujours le sentiment, dans ces questions d'économie, que « le bonheur des uns fait le malheur des autres ». En aidant un pays à sortir de son statut sous-développé, ne craint-on pas en réalité qu'il nous dépasse à terme ? Dès lors, il est facile d'imaginer qu'un pays développé aide un pays en voie de développement à la condition que ce dernier lui apporte également suffisamment de points de croissance pour qu'il reste dans la course, et en tête…
Avez-vous déjà entendu parler d'émulation entre les états ? La volonté générale est peut-être de tirer tout le monde vers le haut, pour faire bien, histoire de ne pas se faire accuser de ne pas aider les plus faibles, mais en conservant toujours le même classement… En gros, on se donne bonne conscience pour la prochaine fois… ou pire, on fait semblant d'aider pour mieux prendre.
La dérive du continent africain
Il est facile mais délicat d'accuser près de chez soi, alors je prendrais volontairement un exemple international inquiétant : la
Chine apporte beaucoup d'aide aux pays du continent africain, qui doit certainement compter la plupart de ces pays en voie de
développement pour ceux qui se sont effectivement mis en chemin. Au premier coup d'œil, cet intérêt de la Chine pour ces pays en voie de développement oubliés du monde occidental est louable. Mais la manœuvre, même si elle n'est pas subtile, est fine : nous chinois,
vous apportons l'argent dont vous avez besoin, vous achetons des médicaments, etc… Lorsque les européens auraient déclaré : "dîtes-nous ce dont vous avez besoin, nous vous expliquerons comment
vous en passer" (un peu les prémisses du développement durable que nous pourrions appliquer à notre propre modèle social, finalement), les chinois débarquent avec leur argent frais et négocient
avec les états africains : "on vous fournit ce dont vous avez besoin. En contrepartie, nous avons besoin de matières premières. Etes-vous d'accord pour un échange de bons procédés ?".
Raisonnement pas bien éloigné des pratiques de certains pays colonialistes (enfin, il ne faut plus le dire non plus, mais bon…) et assez logique. On fait du troc en quelque sorte.
Encore faut-il se poser la question suivante : pourquoi le monde occidental s'est-il détourné du continent africain ? Vaste programme encore une fois, et difficile de toujours répondre en quelques phrases lancées ça et là. Il ne faut pas y voir un raisonnement construit et inébranlable, mais plutôt une suite de question. On est sur un blog, pas dans un livre universitaire ! Restons à notre niveau.
Toujours est-il qu'il n'y a pas vraiment d'émulation entre les pays. "Si je t'aide, en échange que me proposes-tu ?" Le monde est peut-être entièrement basé sur ce type de tractation. Cela vient de loin, du monde chrétien peut-être : il faut aider son prochain pour éviter les flammes de l'enfer… Ce serait même carrément du chantage ça !
Bon, et maintenant notre tortue chinoise entame son sprint final. Comment vont réagir tous les lièvres essoufflés ou endormis sur le bord de la route ?
Les leaders font les châteaux de cartes
Avez-vous déjà été leader dans un domaine ? Vous êtes vous déjà rendu compte combien il était difficile de rester premier avec le reste du monde qui pousse derrière vous. Ce n'est pas toujours
facile… Il est toujours plus aisé de suivre la route tracée par l'aventurier (le fameux Christophe Colomb par exemple, vraiment un leader de la navigation, même s'il n'est pas vraiment le
découvreur du continent américain)… Rester en tête de course, c'est vraiment délicat, et dans la compétition économique, le jeu est tellement complexe (je commence à comprendre pourquoi tant de
monde s'y intéresse) qu'il faut aider ses poursuivants pour mieux s'appuyer dessus et rester en tête.
Un peu comme l'ascension d'un château de cartes : si on veut rester au sommet, on a tout intérêt à assurer ses bases et à faire en sorte que ses poursuivants nous aident à consolider l'édifice de
papier… Ca ressemble à ça l'économie pour moi, aujourd'hui. Et en ce moment, le château est en train de grossir, de grossir…
Quand les lièvres et les tortues grimpent sur un énorme château de cartes…
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