On retrouve de nombreux exemples dans l'histoire, de savants ou artistes appelés à collaborer avec le gouvernant de son époque. Chacun pouvait espérer tirer les bénéfices de cette collaboration : dans un sens, on donne l'art ou le savoir, dans l'autre on donne la protection qu'elle soit physique ou financière ; dans tous les cas, le rayonnement du gouvernant et de l'"expert" s'en trouve grandi. Citons quatre exemples célèbres :
- Aristote et Alexandre le Grand,
- Machiavel et Laurent de Médicis,
- Leonard de Vinci et François 1er,
- Voltaire et Frédéric II.
La France est en mal de philosophie et si les plus célèbres d'entre eux ne sont que des commentateurs de philosophes, plus personne en France (ou du moins, plus personne de suffisamment reconnu aujourd'hui) ne pense le monde et n'apporte sa pierre à l'édifice de la philosophie. Pour faire vite et efficace, les deux noms qui reviennent avec insistance parmi les profanes que nous sommes, ne sont pas - et même en étant profane, il n'est pas difficile de le constater - des philosophes, mais des écrivains (dont la pensée est boiteuse pour Michel Onfray) ou des journalistes engagés (BHL).
A partir de ce constat, les gouvernants ne savent plus vers qui se tourner. Alors, on regarde ce qu'on fait les petits copains avant nous, et on copie. On ressort du placard Jacques Attali, on lui demande de faire un rapport sur sa spécialité, l'économie, ou plus précisément la croissance, et on croise les doigts pour que cela marche. En plus, il ne sera désormais plus possible d'associer "Jacques Attali" et la gauche française. On dira l'éminence grise de François Mitterrand (une fois qu'on tient une expression comme cela, on ne va pas en changer pour deux sous) et que dira-t-on pour Nicolas Sarkozy ? L'auteur du rapport Attali ?
Il est curieux de constater que ce rapport, cohérent, formant un tout et ne pouvant s'appliquer par partie, comme l'indique son auteur dans la préface, aurait fait un parfait programme pour la gauche française. Hé quoi, personne n'a pensé à demander à M. Attali de préparer un programme pour son partie ? Les demandeurs n'étaient pas gouvernants ? On sait que les experts et autres savants ou artistes, sont parfois moins attirés par la pratique de leur art que par les hautes sphères de la société... En terme d'utilité, il semble qu'un partie politique en France ait raté le coche... Toujours un train de retard. Son pendant de droite, lui saute sur tout ce qui bouge, sans se préoccuper de comment il va gérer les résultats de ce rapport.
Voilà donc que Jacques Attali prend des pincettes, en annonçant : OK, on va retrouver la croissance, mais il faut faire exactement tout ce qui est écrit ici. Si on oublie une seule partie, l'édifice sera instable et l'objectif ne sera pas atteint. Autant dire, on ne se mouille pas trop, car on sait que l'objectif n'est pas seulement dépendant de la volonté d'un état, mais également du contexte économique mondial.
On se demande donc, si ce rapport, dont certains points sont inacceptables en l'état pour les dirigeants actuels, ne subira pas la dure loi du rangement vertical...
Quelque part, c'est dommage car beaucoup de propositions de ce rapport sont plus qu'intéressantes, ambitieuses même (cela change un peu des fausses ambitions annoncées pendant les campagnes électorales) et le tout forme effectivement un ensemble cohérent, qui aurait eu plus d'impact justement, à mon sens, en tant que programme d'un parti politique.
Je crois que c'est exactement le genre de programme, suffisamment clair sans pour autant dévoiler tous les moyens de mise en oeuvre, qu'on pourrait attendre d'un parti avant de voter pour lui (ou contre). Le problème est toujours le même : à trop en annoncer, on prend le risque de se faire attaquer... Tout l'art de la politique est là : en dire le moins possible, mais le dire de la meilleure façon qui soit.
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