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Si au début, je consignais sur ces pages tout ce qui se rapportait au travail de la mémoire, de la conservation des oeuvres aux mécanismes du souvenir, ou du moins tel était le fil conducteur de ce blog, il se transforme petit à petit, peut-être prend forme au fil de mes lectures, de mes rencontres. Il y a de tout, c'est probablement un fourre-tout, mais chacun y trouvera matière à réflexion sur le monde qui nous entoure, avec, toujours en regard le passé et ce monde que nous ne connaîtrons plus.

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Lundi 25 février 2008

Auto-proclamation d'indépendance

Smaragdos_drapeau-quebec.png

Alors que certains pays ne sont pas encore sortis de l'ère de la décolonisation (cf. article sur les Plazas de Soberania), d'autres émergent. L'émergence est véritablement le mot qui peut qualifier certaines de ces nations. La somme des parties (ethnies) qui composent le pays ne permet pas d'expliquer le phénomène qui rassemble ces parties en un tout cohérent, en une seule et unique nation. Et cette émergence complexe nait de la dissociation d'une entité plus importante, d'un tout plus gros dont la propre somme des parties ne suffisait plus à définir une seule et unique entité.

On peut parfois comprendre qu'un pays comme l'ex-Tchécoslovaquie se soit séparé en deux états distincts, avec d'un côté les Tchèques et de l'autre les Slovaques. Il y a une certaine logique derrière tout cela. C'est presque devenu un cas d'école.

Les états Baltes, longtemps annexés par la Russie, semblent avoir réussi leur pseudo-émergence. Car dans certains cas, on ne fait que revenir en arrière. Et cela a ouvert la voie à d'autres états qui aimeraient bien profiter de l'éclatement de l'ex-bloc russe. En général, les démantèlements se font par vagues successives : certains états ont réussi à échapper au joug de Moscou au tout début, lors que le pouvoir était moribond. Mais à mesure que la Russie lâchait du lest, elle a pu se refaire une santé et commencer à stopper l'hémorragie. Les pays comme la Tchétchénie  ou l'Ossétie du Nord n'ont pas réussi à profiter du train en marche…

Des pays vraiment émergents, c'est-à-dire qui, disons-le sans détour, sorte de nulle part (ou presque), il n'y en a pas cinquante. Deux exemples viennent rapidement en tête : Israël et le Kosovo. Mais on pourrait trouver au moins autant d'exemples dans l'histoire, car finalement les frontières sont mobiles, les pays apparaissent et disparaissent dans le temps (la Prusse, la Pologne, les pays d'Amérique, la Catalogne, l'Italie, etc…) Chaque pays possède une histoire conséquente pour définir ses frontières actuelles. Il faut bien comprendre que dans les temps ces frontières ne sont pas immuables, et sans exception ! L'Islande n'aura pas toujours les mêmes frontières, réchauffement climatique oblige.

Dans l'histoire des frontières, la France elle-même n'a pas été épargnée : Alsace-Lorraine, frontière alpine, et sans évoquer les DOM-TOM et toute la décolonisation.

Et le Kosovo dans tout ça…

Smaragdos_drapeau-yougoslavie.png

Vu de loin, on dirait bien que le Kosovo, à l'image de son homologue au Moyen-Orient, va devoir défendre son indépendance avec hargne. Car, être un pays émergent dans le monde réel, cela demande un peu d'effort d'imagination pour se représenter des frontières et une nation. Là encore, comment s'auto-proclame-t-on une nation, surtout quand on est soi-même un regroupement hétérogène ? Est-ce que tous les kosovars exilés en Europe, en Suisse plus particulièrement, vont revenir repeupler cette nouvelle nation, afin d'asseoir un peu plus son indépendance, vis-à-vis du virulent voisin serbe, nationaliste et un brin revanchard ?

A quel niveau d'échelle doit-on descendre pour que s'arrête la division des pays ?

On croirait parfois voir une division cellulaire. On sait qu'on va toujours pouvoir diviser plus. Prenons la France en exemple, ce sera plus parlant, mais il y a quantité d'exemples intéressants parmi nos voisins (Espagne avec ses régions autonomes, Allemagne avec ses Landers, Suisse avec ses cantons, Royaume-Uni où tout est dans le nom). En France, donc, il y a les régions. Tout le monde sait que le nationalisme régional est très présent dans toutes les régions et particulièrement en Corse, en Alsace-Lorraine ou en Bretagne. Mais il existe partout ailleurs. Si chacun demandait son indépendance, on pourrait imaginer qu'au sein de la Bretagne par exemple, certains se sentent plus bretons que d'autres (il y en a toujours) et hop, nouvelle division. Ce sont les départements. On croit avoir atteint le fond, mais non, on peut encore diviser. On a des cantons en France, même si on n'en voit un aperçu que lors des élections. Et au sein d'un même canton, c'est la "guerre" entre villes et villages. Au sein des villes, on a des quartiers pour bien séparer qui vit où et comment. Et au sein des quartiers, on arrive des structures quasi-cellulaires : maisons et appartements. On arrive encore à cloisonner les maisons et les appartements pour bien faire comprendre que la chambre des parents, ce n'est pas pour les enfants (l'inverse n'étant pas toujours vrai, n'est-ce pas ?). Chacun à son échelle divise et réunit : la personne, la famille, la nation. Il manque des maillons à cette chaîne, on dirait…

Diviser pour mieux régner.

Et puis d'un autre côté, on divise pour mieux réunir, ça ne peut être que ça. On intègre petit à petit pour former les grands Etats-Unis, la grande URSS, la grande Europe. Morceler permettra toujours de réduire l'opposition pour intégrer.

Quand on a pour soi un gros gâteau, on le partage en parts inégales : c'est toujours plus marrant. Et puis, on invite beaucoup plus de personnes que prévu, comme ça, tout le monde n'aura pas sa part. C'est bien plus rigolo. Et puis, top départ, bon appétit, que le meilleur gagne.

Astucieux…

par Smaragdos publié dans : Murailles, murs, frontières
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Mercredi 20 février 2008
Le fameux classement des pays en voie de développement se trouve dans le Rapport de l'UNDP, section indicateur du développement humain (IDH).
Nombreux sont ceux qui recherchent un tel classement, ou tout simplement les noms des pays en voie de développement.

Il ne faut perdre de vue qu'un classement s'établit à partir de critères, qui peuvent être modifiés d'années en années (c'est d'ailleurs le cas puisque la composante "environnement et développement durable" a récemment fait son apparition).
Même si les critères semblent ici objectifs, dans la mesure du possible, un point d'interrogation subsiste dans le crédit à accorder aux valeurs du PIB dans certains cas : il n'est jamais tenu compte de la démographie du pays (on pourrait imaginer une pondération de la valeur du PIB par rapport au nombre d'habitants - l'Islande et le Japon ne sont toutes les deux des puissances économiques, pourtant l'Islande est première du classement).

Le classement par groupes est plus réaliste :
  • développement humain élevé
  • développement humain moyen
  • développement humain faible
On retrouve alors le classement des pays développés, en voie de développement, et ceux qui ne sont même pas en voie de développement...
par Smaragdos publié dans : Le monde aujourd'hui
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Vendredi 15 février 2008
Il y a toujours eu une tendance commune chez les dirigeants et gouvernants : s'entourer des experts dans leurs domaines afin qu'il leur apporte leur science.
On retrouve de nombreux exemples dans l'histoire, de savants ou artistes appelés  à collaborer avec le gouvernant de son époque. Chacun  pouvait espérer tirer les bénéfices de cette collaboration : dans un sens, on donne l'art ou le savoir, dans l'autre on donne la protection qu'elle soit physique ou financière ; dans tous les cas, le rayonnement du gouvernant et de l'"expert" s'en trouve grandi. Citons quatre exemples célèbres :
  • Aristote et Alexandre le Grand,
  • Machiavel et Laurent de Médicis,
  • Leonard de Vinci et François 1er,
  • Voltaire et Frédéric II.
Sans vouloir comparer le talent des précédents avec celui de notre sujet - comparons que ce qui est comparable, mais l'histoire n'a pas retenu tous les obscurs penseurs dans le vent en poupe de leur époque n'a pas résisté au filtre du temps -, il est facile de voir que le même schéma se reproduit aujourd'hui, dans une moindre mesure. Pour être plus précis, les gouvernants essaient de reproduire ce schéma. Le problème est qu'ils auront le plus grand mal à attirer ce qui n'existe plus en France depuis quelques décennies : des penseurs dignes de ce nom.

La France est en mal de philosophie et si les plus célèbres d'entre eux ne sont que des commentateurs de philosophes, plus personne en France (ou du moins, plus personne de suffisamment reconnu aujourd'hui) ne pense le monde et n'apporte sa pierre à l'édifice de la philosophie. Pour faire vite et efficace, les deux noms qui reviennent avec insistance parmi les profanes que nous sommes, ne sont pas - et même en étant profane, il n'est pas difficile de le constater - des philosophes, mais des écrivains (dont la pensée est boiteuse pour Michel Onfray) ou des journalistes engagés (BHL).

Smaragdos_attali.jpg

A partir de ce constat, les gouvernants ne savent plus vers qui se tourner. Alors, on regarde ce qu'on fait les petits copains avant nous, et on copie. On ressort du placard Jacques Attali, on lui demande de faire un rapport sur sa spécialité, l'économie, ou plus précisément la croissance, et on croise les doigts pour que cela marche. En plus, il ne sera désormais plus possible d'associer "Jacques Attali" et la gauche française. On dira l'éminence grise de François Mitterrand (une fois qu'on tient une expression comme cela, on ne va pas en changer pour deux sous) et que dira-t-on pour Nicolas Sarkozy ? L'auteur du rapport Attali ?

Il est curieux de constater que ce rapport, cohérent, formant un tout et ne pouvant s'appliquer par partie, comme l'indique son auteur dans la préface, aurait fait un parfait programme pour la gauche française. Hé quoi, personne n'a pensé à demander à M. Attali de préparer un programme pour son partie ? Les demandeurs n'étaient pas gouvernants ? On sait que les experts et autres savants ou artistes, sont parfois moins attirés par la pratique de leur art que par les hautes sphères de la société... En terme d'utilité, il semble qu'un partie politique en France ait raté le coche... Toujours un train de retard. Son pendant de droite, lui saute sur tout ce qui bouge, sans se préoccuper de comment il va gérer les résultats de ce rapport.

Voilà donc que Jacques Attali prend des pincettes, en annonçant : OK, on va retrouver la croissance, mais il faut faire exactement tout ce qui est écrit ici. Si on oublie une seule partie, l'édifice sera instable et l'objectif ne sera pas atteint. Autant dire, on ne se mouille pas trop, car on sait que l'objectif n'est pas seulement dépendant de la volonté d'un état, mais également du contexte économique mondial.

On se demande donc, si ce rapport, dont certains points sont inacceptables en l'état pour les dirigeants actuels, ne subira pas la dure loi du rangement vertical...
Quelque part, c'est dommage car beaucoup de propositions de ce rapport sont plus qu'intéressantes, ambitieuses même (cela change un peu des fausses ambitions annoncées pendant les campagnes électorales) et le tout forme effectivement un ensemble cohérent, qui aurait eu plus d'impact justement, à mon sens, en tant que programme d'un parti politique.
Je crois que c'est exactement le genre de programme, suffisamment clair sans pour autant dévoiler tous les moyens de mise en oeuvre, qu'on pourrait attendre d'un parti avant de voter pour lui (ou contre). Le problème est toujours le même : à trop en annoncer, on prend le risque de se faire attaquer... Tout l'art de la politique est là : en dire le moins possible, mais le dire de la meilleure façon qui soit.
par Smaragdos publié dans : Le monde aujourd'hui
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Mercredi 13 février 2008

 En espagnol, cela veut dire « lieux de souveraineté ». Il s’agit d’un total de sept territoires situés en Afrique du Nord, sur les côtes marocaines, à savoir :

  • Ceuta,
  • Melilla,
  • Les îles Zaffarines,
  • El-Hoceïma,
  • Vélez de la Gomera,
  • Persil,
  • Alboran.

 L’Espagne a abandonné son protectorat sur le Maroc en 1956, mais elle a refusé de restituer les plazas de soberania, prétextant avoir acquis la souveraineté de ces territoires avant la mise en place du protectorat.

 Smaragdos_melilla.jpgLes "Murs" de Melilla

L’ONU a défini des territoires non autonomes en attente de décolonisation, mais les plazas de soberania n’en font pas partie. A ce jour, il reste 16 territoires non autonomes :

  • Sahara occidental (lâché par l’Espagne le 26 février 1976)
  • Guam (USA),
  • Nouvelle-Calédonie (France),
  • Pitcairn (UK),
  • Samoa américaines (USA),
  • Tokélaou (Nouvelle-Zélande),
  • Anguilla (UK),
  • Bermudes (UK),
  • Gibraltar (UK),
  • Iles Caïmanes (UK),
  • Iles Falkland (UK),
  • Iles Turques et Caïques (UK),
  • Iles Vierges américaines (USA),
  • Iles Vierges britanniques (UK),
  • Montserrat (UK),
  • Sainte-Hélène (UK).

Lors de la 947ème séance plénière de l’assemblée générale de l’ONU, le 14 décembre 1960, la « Déclaration sur l’octroi de l’indépendance aux pays et aux peuples coloniaux » a été votée afin d’accélérer le processus de décolonisation (résolution 1541)

 

Mais voilà, qu’est-ce qui fait qu’un territoire est considéré comme une colonie ? Le gouvernement espagnol ne considère pas que Ceuta et Melilla comme des colonies, mais bien comme des villes autonomes d’Espagne. Peut-être est-ce aussi parce que Gibraltar n’a pas encore été décolonisé ?

 

Il n’en reste pas moins que pour affirmer sa position sur les deux villes, l’Espagne a envoyé en novembre 2007, le roi Juan Carlos 1er en visite. Une provocation pour beaucoup.

 

Pour couronner le tout, la construction de murs autour de Ceuta et Melilla reprend les schémas déjà connus aux USA, en Israël ou en Corée. Autour de Ceuta, une frontière de plus de 8 km de barbelés a été mise en place, avec deux murs de grillages de 2,5 m, des dispositifs de télédétection (détecteur de mouvement par vidéo, palpeurs au sol) et bien sûr la garde civile espagnole qui sillonnent la frontière afin de s’assurer de la protection de la ville autonome !

 

On sent bien que quelque chose ne tourne pas rond : qu’est-ce qui fait qu’un territoire appartient à l’un ou à l’autre ? Historiquement, Ceuta et Melilla ont appartenu à Rome, Carthage, aux berbères de Mauritanie, aux Omeyyades, aux dynasties marocaines, au Portugal puis à l’Espagne. Personne ne peut réellement revendiquer ces territoires…

par Smaragdos publié dans : Le monde aujourd'hui
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Mercredi 6 février 2008
Même si on retrouve cette expression dans la bible (Le Cantique des Cantiques), où des cous sont comparés à des tours d'ivoire, c'est bien à Sainte-Beuve que nous devons le premier emploi de cette expression au sujet de la retraite d'Alfred de Vigny :
se retirer dans sa tour d'ivoire, pour un artiste, signifie se retirer du monde, s'enfermer dans un cocon, un havre de paix, à des fins d'étude ou de poésie. Cela signifie également parfois se retirer des responsabilités du monde, éviter de s'engager, garder son indépendance.

Smaragdos_sainte-beuve.jpg

Le terme "tour d'ivoire" est évidemment une expression poétique de Sainte-Beuve (vers adressés dans une lettre à Villemain en 1837) :
        "Et Vigny, plus secret, Comme en sa tour d'ivoire, avant midi, rentrait."


Il n'est pas difficile de décomposer l'expression pour en comprendre l'image :
- la tour : il s'agit d'un édifice dans lequel il est facile de s'enfermer. C'est moins noble qu'un donjon, plus petit donc, mais cela permet de garder un oeil sur le monde extérieur avec sa position souvent stratégique et en hauteur (tour de garde ou watchtower). C'est  un édifice à la géométrie souvent  simple et symétrique.
- l'ivoire : cette matière noble d'origine animale (même s'il existe des versions végétales) se travaille comme le bois, se cisèle, se sculpte. Sa rareté lui confère une certaine valeur. Les éléments construits dans cette matière somptueuse gagnent en pureté et en finesse.


La tour d'ivoire serait donc un lieu de retraite de choix, le symbole de la retraite du sage. C'est certainement une image de sagesse : celui qui se retire dans sa tour d'ivoire se coupe du monde, mais garde un regard sur tout ce qui se passe autour de lui ; il y médite, travaille sur son art, pense le monde. Ce n'est pas seulement un ermite ou un stylite : il cherche à rester au sein du monde, tout en s'y excluant en se cachant dans sa tour d'ivoire, afin d'observer et de décrire se qui l'entoure avec le regard le plus objectif possible.


Vaste entreprise !
par Smaragdos publié dans : La Question d'Evariste
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